Mille Fois
- chrishntd
- 30 janv.
- 5 min de lecture
Par Coach Ange, bonne lecture !

Ne lisez pas cet article si vous adorez stagner
Regarder le professeur démontrer une technique, la reproduire plus ou moins habilement en exercice et, si on est vraiment dans un bon jour, tenter de la placer en mise de gant.
Enfin, ranger cette technique dans votre sac en même temps que vos gants, et surtout ne plus y toucher avant la prochaine séance.
Voilà à quoi ressemble trop souvent votre pratique de la boxe thaï, et voilà la cause probable de votre stagnation malgré votre assiduité aux cours.

Répétez !
En effet, pour apprendre, pour assimiler à fond un nouveau geste :
Votre corps a besoin de répétition, par centaines, par milliers.
Le cours reçu dans une salle de boxe s’apparente à celui reçu dans une salle de classe. Il constitue le moment de réception d’une information. Vous savez désormais la date d’un évènement historique, comme vous savez qu’un coup, qu’une parade ou qu’un déplacement existe.
Mais qui penserait qu’il suffit d’assister à ses cours pour avoir son bac ?
De ce point de vue, les entraînements personnels hors-club correspondent aux révisions. Ils sont le moment essentiel de l’assimilation des gestes vus à l’entraînement.

Répétez, pour forger votre instinct
En fait, le processus de répétition est encore plus nécessaire à l’assimilation des savoirs moteurs, c’est-à-dire liés à la motricité, au mouvement, qu’à celle des savoirs intellectuels.
Sans dérouler les explications biologiques, l’apprentissage moteur nécessite un grand nombre de répétition des gestes en question, qui permettent de les transférer de l’esprit vers le corps, et de les faire entrer dans le champ de la mémoire musculaire.
Cette dernière permet une restitution instinctive, non polluée par les hésitations propres à la réflexion, c’est-à-dire une restitution juste, rapide et automatisée.
Cette justesse, cette rapidité et cette automaticité constituent une ressource formidable pour le boxeur. Pour la justesse et la rapidité, le gain est évident. Mais l’automaticité mérite que l’on s’y penche un instant. Ainsi, accomplir un geste automatiquement, sans devoir penser à sa technique, permet de libérer des ressources intellectuelles pour la tactique.
Si vous parvenez à lancer un gauche droite avec la même aisance avec laquelle vous marchez, vous pouvez en même temps analyser la réaction de votre adversaire à cet enchaînement, et réfléchir à une stratégie tirant partie de cette réaction.
Le cliché n’a pas été aussi poncé sans raison : la boxe est une partie d’échec, où la victoire va généralement au plus lucide.

Par ailleurs, et ceci vaut notamment pour les compétiteurs, cette automaticité vous rend moins dépendant des émotions parfois intenses vécues lors des combats.
Même stressé, énervé ou frustré, votre corps pourra restituer correctement ces techniques gravées au plus profond de lui.
Pour résumer, l’apprentissage moteur ressemble à l’ascension d’un sommet de haute montagne : particulièrement exigeant mais offrant des résultats à couper le souffle.

Répétez intelligemment
Les deux mots qui doivent orienter vos séances de travail personnel en shadow ou au sac sont ceux de conduite et de progressivité. Que signifient-ils ?
Conduite

`Par conduite, il faut comprendre que votre séance doit être conduite dans une direction, chercher à travailler un point précis. Accomplir des mouvements de boxe au hasard ne vous mènera pas bien loin. Ainsi, identifiez un objectif qui conduira votre séance : blocage, esquive, contre, enchaînements pieds-poings, travail au corps…
Si vous manquez d’idées, les cours du club constituent une base solide. Comme vous le savez, ils sont organisés selon des thèmes hebdomadaires, que vous pouvez tout simplement reprendre dans vos séances personnelles. Ceci n’a rien d’obligatoire. Travaillez d’abord sur vos points faibles, ou suivez tout simplement vos envies.
Les bons thèmes sont d’abord ceux qui vous donnent envie de vous lever et de vous entraîner.
Progressivité

Une fois le thème choisi, comment organiser sa séance ? Vous en tirez les meilleurs résultats en la construisant de manière progressive.
Cette progression doit mener du simple au complexe, du contraint au libre.
Une séquence simple

Commencez par des enchaînements élémentaires, de deux ou trois mouvements, et répétez chacun d’entre eux pendant une certaine durée, que l’on vous conseille d’une à trois minutes, mais qui peut augmenter selon vos besoins et vos humeurs.
Par exemple, lors d’un travail sur le thème esquive-remise, une de ces séquences de base peut être la suivante : jab-esquive d’une droite-remise en crochet gauche. Pour la séquence d’après, travailler en symétrique de celle qui a précédé constitue souvent une bonne idée. Ainsi, pour l’exemple donné, la séquence symétrique, qui effectue le même travail du côté opposé, irait ainsi : droite-esquive d’une gauche-remise en crochet droit.
Pour varier, on peut aussi changer la cible, entre la tête et le corps, ou au contraire changer l’arme, frapper avec une jambe au lieu d’un poing et inversement. En partant toujours du premier exemple, ces variations pourraient donner : jab-esquive d’une droite-remise en crochet gauche au corps ou bien jab-esquive d’une droite-remise en low-kick du gauche.
Complexifier

Une fois quelques unes de ces séquences types accomplies, la deuxième partie de votre séance consiste à les complexifier.
Cette complexification prend deux formes principales : l’allongement et l’ajout d’incertitude.
Pour allonger, il peut suffire d’accoler deux séquences types précédentes. Ainsi, vous pourriez enchaîner jab-esquive d’une droite-remise en crochet gauche-droite-esquive d’une gauche-remise en crochet droit. L’ajout d’incertitude conserve lui des séquences de même longueur, mais les rend plus libre.
Toujours sur l’exemple de base, au lieu de remiser systématiquement en crochet du gauche, remisez en direct, en uppercut, au corps, ou bien avec une jambe. Ainsi, lors de ce deuxième temps de votre séance, vous continuez à répéter des séquences pendant un temps donné, mais des séquences plus raffinées.
Libérer

Enfin, le troisième et dernier temps est dévolu à un travail libre.
Celui-ci doit couronner votre séance, et par conséquent intégrer ses éléments.
Focalisez-vous sur l’objectif fixé en début d’entraînement, c’est-à-dire les esquives, les contres etc.
Si ces trois étapes doivent être présentes, leurs longueurs respectives peuvent varier. L’important est de ne pas se jeter la tête la première dans du travail libre sans avoir d’abord aiguisé les armes à y utiliser.

À quelle fréquence ?
A partir de deux séances de vingt minutes par semaine, ce travail structuré vous permettra de développer efficacement votre mémoire musculaire et de progresser davantage que vous ne l’imaginez.
Regardez-vous !
Enfin, ne craignez pas votre propre reflet ! Regardez-vous dans le miroir, en vidéo. Comparez cette image mentale à la gestuelle des champions. Où est l'erreur ? Une garde qui s'abaisse, un coude qui sort, une rotation incomplète, une attitude trop molle... Un détail à corriger d'une session à l'autre est une pierre à l'édifice.
Bon entraînement !
Pour un passionné, la question de savoir si cet investissement en vaut la peine ne se pose pas.
« Je ne crains pas l’homme qui a pratiqué mille coups une fois mais un coup mille fois. »
Cette phrase de Bruce Lee n’est pas devenue si célèbre sans raison. Répétez, répétez encore, répétez toujours les bases : c’est encore le chemin le plus sûr pour atteindre les sommets.
Vive le Muay Thaï, force aux Naks 15 et jusqu'au bout !
Coach Ange Appino



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